C'est impossible... Je savais qu'ils voulaient que je me joigne à eux, mais à ce point...
Je marchai, seule au milieu de la forêt, repensant à ce qui s'était passé peu de temps auparavant.
La vision était apparue brutalement, sans préavis. Comme d'habitude. Elle m'avait surprise en plein cours d'anglais, et m'avait bouleversé par la violence incroyable qui s'en était dégagé. Voir les personnes que j'aimai le plus au monde en train d'être...
Je secouai la tête, essayant d'effacer les images qui s'étaient gravées dans ma mémoire. J'avais besoin de réfléchir...
Alors que j'essayai de ne pas y penser, la vision me submergea à nouveau. La même que celle que j'avais eu en anglais. Identique dans les moindres détails. Er bien plus précise que je ne l'aurai souhaité...
Le salon est vide. Calme. Rosalie et Emmet entrent par la porte-fenêtre, suivis d'Esmée et Jasper. Carlisle, Edward et moi dévalons les escaliers et nous joignons à eux. Nous nous arrêtons tous au milieu de la pièce.
Esmée: Combien de temps nous reste-t-il ?
Alice : 2 minutes et 37 secondes.
Carlisle: Edward, peux-tu entendre leurs pensées ? Viennent-ils voir où en est la transformation de Bella ou ont-ils d'autres motivations?
Edward: Je ne sais pas, ils sont encore trop éloignés...
Il s'interrompt, et nous nous figeons tous.
Rosalie : Je ne vois plus rien...
Esmée: Que se passe-t-il ?
Edward : Alec... Il utilise son pouvoir pour nous rendre aveugles afin que nous soyons démunis. Leurs intentions ne doivent pas être pacifiques... S'ils nous attaquent, nous n'aurons aucun moyen de nous défendre.
Carlisle : Comptent-ils nous attaquer ?
Edward (se concentre quelques secondes) : Oui.
Il y a un court silence, puis nous nous agitons tous et tout se passe très vite.
Carlisle: Esmée, Rosalie, mettez-vous derrière nous. Alice, utilises tes visions pour les localiser une fois qu'ils seront à l'intérieur. Edward, fouilles dans leurs pensées pour trouver leurs points faibles et les utiliser contre eux. Jasper, tu...
Alice : Trop tard.
Comme pour faire écho à mes paroles, la porte se pulvérise et les Volturis entrent. D'abord Aro, Caïus et Marcus, puis Alec, Jane et Démétri. Ils sont peu nombreux, assurés de leur supériorité.
Aro: Carlisle ! Mon vieil ami ! Comment vas-tu ?
Carlisle: Je te serrerai volontiers la main, Aro, mais je ne te vois absolument pas.
Aro éclate d'un rire tonitruant.
Aro : Tu ne sais pas pourquoi je suis ici...
Carlisle: Je le devine aisément.
Aro: Je ne pense pas, non. Ta fille, Alice, a refusé de se joindre à nous il y a peu de temps. J'y ai longuement réfléchi, et je me suis rendu compte que j'étais frustré. Mon clan compte certes de nombreux talents, cependant... Compter dans nos rangs une personne pouvant voir le futur serait quelque chose de merveilleux, vous ne croyez pas ? Je suis donc venu chercher Alice en personne, afin d'être certain qu'elle me suivrait... Et je suis prêt à beaucoup pour l'obtenir.
Rosalie : Alors comme ça, vous nous tuerez si elle refuse, c'est ça ? Elle est belle votre justice ! Alice, ne l'écoutes pas !
Aro: Voyons, ma chère ! Comment une telle beauté peut-elle être aussi hargneuse ?
Edward : Aro, ne détournes pas la conversation !
Carlisle : Il est hors de question que nous nous laissions influencer par de telles menaces ! Je ne laisserai jamais ma fille partir avec vous si elle ne le désire pas, dussai-je le payer de ma vie.
Les autres approuvent d'un signe de tête, mais j'ouvre la bouche pour protester.
Jane (avec un sourire carnassier) : Génial ! Alors la fête peut commencer.
Tout se passe très vite... Trop vite. Je peux aisément leur échapper, anticipant leurs actions et voyant la pièce malgré mes yeux aveugles, mais les autres n'ont pas cette chance. Jane commence à torturer à la fois Rosalie et Carlisle. Emmet, qui ne voit rien, ne fait pas le poids face à Démétri. Edward, concentré sur les pensées de trop de personnes à la fois, ne se rend pas compte qu'Alec s'apprête à le mettre en pièces. Marcus comprime Esmée dans ses bras avec une force incroyable. Caïus s'empare de Jasper, qui ne voit pas le danger. C'en est trop pour moi. Je me jette sur Caïus pour aider Jasper, mais n'ai pas le temps d'anticiper l'attaque d'Aro qui m'attrape par derrière et m'empêche de bouger, malgré tous mes efforts pour me dégager. Il me tient ainsi tout le temps que dure le carnage, et je ne peux qu'assister, impuissante, au massacre de ma famille. Jane prend un malin plaisir à torturer Jasper sous mes yeux, pendant un temps qui me semble une éternité. Puis, tout à coup, tout est fini. Effondrée, je me mets à pleurer, suppliant les Volturis de me tuer à mon tour, mais ils refusent catégoriquement. Démétri s'empare de moi de sa poigne de fer et me traîne dehors.
Tandis que nous nous éloignons en direction de Volterra, je me retourne une dernière fois pour apercevoir la villa en train de brûler, dégageant une étrange fumée violette.
La vision s'effaça; je m'effondrai sur un rocher et me roulai en boule, essoufflée. Ce n'était pas fini; la suite allait arriver, je le savais. Moins terrible, certes, mais tout aussi effrayante.
Le visage d'Aro m'apparut, me fixant de ses yeux rouge pâle, si proche que j'aurai pu le toucher - s'il avait été réel. C'était une vision perturbante; je n'en avais jamais eu de telle. Habituellement, je n'étais que spectatrice de la scène, comme si je regardai un film. Je pouvais voir les personnes, mais eux ne me voyaient pas. Or, à cet instant, les yeux d'Aro me contemplaient, une expression victorieuse peinte sur le visage. Il s'adressa à moi, de la même façon qu'il l'avait fait en cours d'anglais une heure auparavant.
Je connais l'étendue de ton pouvoir, Alice.
Tu as vu ce qui se passerait si jamais tu prenais la mauvaise décision. Rejoins-nous ou restes avec eux... Ce choix-là ne dépend plus que de toi. A toi de faire le bon.
A bientôt, Alice.
Il me sourit, puis son visage disparu et je me retrouvai à nouveau seule dans la forêt.
Alors, pour la première fois depuis plusieurs décennies, j'éclatai en sanglots, de ces sanglots si particuliers propres à mon espèce.
Je restai là longtemps, immobile, seule sur mon rocher, à réfléchir. A peser le pour et le contre. Quoi que je fasse, le futur qui se dessinait ne me laissait que deux solutions : partir ou les laisser mourir.
Au bout d'un long moment, je me relevai. Ma décision était prise. Je savais exactement comment procéder, même si cette solution me brisait le c½ur.
Sur le chemin du retour, je réfléchissais encore.
Jusqu'à ce jour, je n'avais jamais pensé que mes visions puissent s'avérer dangereuses. Qu'elles puissent se monter contre moi... Que quelqu'un puisse les utiliser contre moi. Je venais d'avoir la preuve du contraire... Et j'aurai préféré que ça n'arrive jamais.Clo*